L’art contemporain dans la ville de Melle : origine et évolution, 1989-2009

Dès 1989, dans le paysage artistique du Poitou-Charentes, la ville de Melle prend un caractère d’exemplarité en confiant à l’artiste
Danois Knud Viktor la création d’une oeuvre sonore Éclat d’argent dans l’un de ses sites géologiques et historiques majeurs : les Mines des Rois Francs.
Son engagement en faveur des arts plastiques se confirme avec une première programmation culturelle dans le patrimoine historique de Melle,
 « L’été roman et promenades contemporaines », sous la direction artistique d’Henri-Michel Borderie. Des artistes plasticiens
« imagiers du son » investissent la triade romane
et offrent leurs interprétations.

On retient l’installation sonore et les lumières noires
de Christina Kubisch, en l’Église Saint-Pierre Pour les hirondelles de Saint-Pierre
et la création du M-H Tronic, diffuseur de musiques sacrées et rituelles du monde entier,
installé en l’Église Saint-Hilaire.

Du «Roman de la Nature» à «Romanes»

De 1991 à 1995, avec « Le Roman de la Nature » se créent des liens entre le milieu végétal
et les artistes. L’intervention de Claude Nuridsany et de Marie Perennou,
en 1991, marque cette période.
Avec la création en 1996 de « Romanes », festival d’art contemporain, la ville de Melle
poursuit son engagement en faveur des artistes dans le prestigieux patrimoine roman de la cité sous la responsabilité artistique de Michelle Guitton. Des oeuvres sont produites in situ.

Les artistes invités interprètent l’esprit des lieux, ainsi :
Les trois primaires perpétuelles de Yann Kersalé, concepteur-lumière,
ou Sans titre (Derviches tourneurs) de Michel Blazy en l’Église Saint-Pierre.
Pour célébrer le passage au troisième millénaire, Françoise Quardon réalise
une commande publique Le pont aux roses, place Groussard, en 2002.

La naissance de la Biennale internationale d’art contemporain de Melle1
Biennale 2003 « L’art d’être au monde »

Avec « L’Art d’être au monde », sous la direction artistique de Dominique Truco, la première Biennale internationale d’art contemporain se construit et se déploie
à l’échelle de la ville entière. 38 artistes internationaux réalisent dans le cadre
de courtes résidences des oeuvres nouvelles dans 70 lieux publics ou privés de la ville.
Plus de 300 oeuvres habitent la ville et sont à découvrir lors de cette première biennale.
« La fonction de l’artiste c’est de prendre, dans son atelier, le monde en réparation, comme il vient, par fragments », écrivait le poète Francis Ponge dans L’Atelier contemporain.
« L’art d’être au monde » incarne cette pensée de Francis Ponge et met en acte cette
fonction de l’artiste dans la ville, nourrissant rencontres et créations pertinentes entre les artistes, les contextes et les habitants. Inventer et mettre ici en oeuvre
des liens nouveaux de création et de fréquentation d’oeuvres d’art, à l’échelle de la ville
dans sa stimulante diversité humaine, culturelle, environnementale, patrimoniale,
pour offrir à chacun les chemins d’un quotidien à la croisée de plus de créativité et d’humanité, tels sont les fondements du projet artistique.

Grâce à l’engagement des artistes invités et des acteurs locaux associés, la ville de Melle incarne désormais cet Atelier contemporain où sont venus travailler
ou exposer en 2003 Jacques Villeglé, Raymond Hains, Jean-Luc Moulène,
Marylène Negro, Glen Baxter, Jakob Gautel, Jason Karaïndros, Marin Kasimir,
Fabien Lerat, Denise A. Aubertin, Adel Abdessemed, Carine Altermatt, Ben, François Bon,
Franck David, Marc Deneyer, Stéphanie Ditche, Paul-Armand Gette, Marie-Ange Guilleminot, Mona Hatoum, Gildas Le Reste, Natacha Lesueur, Isabelle Levenez, Alice Maher,
Claude Margat, Fergus Martin, Denis Montebello, Thierry Mouillé, Sachiko Morita,
Frédéric Ollereau, Karol Pichler, Françoise Quardon, Jean-Louis Schoellkopf, Soussan Ltd., Monique Tello, Jean-François Texier, Philippe Untersteller, Eric Watt.


De la réparation à la considération de l’autre
Biennale 2005 « Vies-à-vies /Portrait de ville »

L’art est moyen de connaissance. La ville est territoire de connaissance.
La Biennale 2003 en atteste !
La faculté de connaître, de se connaître, d’être en relation fonde cette seconde Biennale
« Vies à vies/ Portait de ville » qui se construit sur l’altérité et prend appui
sur une réflexion du généticien Albert Jacquard :
« La nature nous a donné tous les organes pour devenir humains, mais elle ne nous a pas indiqué le chemin à suivre. Pour parvenir à cet exploit fabuleux qu’est la capacité
à se savoir être, il faut bénéficier du regard des autres. Le village, la ville, la nation devraient être le lieu de ce tissage. Cela suppose pour chaque regard de rencontrer un autre regard, humain face à face, sans hiérarchie, sans trace de mépris. »
Cette biennale place l’être humain et le territoire au centre de leurs recherches.
Elle implique directement auprès des artistes près de 1 000 Mellois sur les 4 000 habitants.
jean-Louis Schoellkopf réalise 106 portraits de familles dans leur cadre de vie.
Michel Jeannès allume 170 foyers de participation poétique. Kôichi Kurita prélève dans
111 communes des Deux-Sèvres les 320 éléments de sa Bibliothèque
de Terre du Poitou-Charentes.
Dans le choeur de Saint-Hilaire, Yan-Pei Ming réalise le premier portrait de Benoît XVI…

Près de 300 oeuvres seront produites dans le cadre de création en résidence des artistes
et écrivains invités parmi lesquels : Philippe Cognée, Franck Gérard, Cécile Hartmann,
La Mercerie-Michel Jeannès, Kôichi Kurita, Arthur Lambert, Yan Pei-Ming, Jean-Louis Schoellkopf, Patrick Tosani, Eric Watt, Erwin Wurm,
Xavier Zimmermann, Marc Arseneau, François Bon, Denis Montebello, Ulysse Dubois.
Lors de cette seconde Biennale, 15 000 visiteurs fréquenteront les oeuvres
exposées dans 60 lieux.


Ensemble sur une seule planète
Biennale 2007 « Eau, air, terre : la sagesse du jardinier »

« Les activités dévastant l’environnement et les sociétés se poursuivent,
nous sommes aujourd’hui face à un défi qui exige un changement de pensée
pour que l’humanité cesse de menacer le système qui soutient son existence. »
Cet extrait du discours à Oslo de Wangari Maathai, Prix Nobel de la Paix,
est le terreau fertile avec lequel fut élaborée la IIIe Biennale de Melle. Conjuguant éthique
et esthétique, ce nouveau rendez-vous avec l’art et la vie est une invitation à réfléchir ensemble, artistes et citoyens, aux relations entre l’être humain, ses activités et l’environnement.
Cette troisième biennale vient nous rappeler notre communauté de destin et la nécessité d’agir ensemble ainsi que l’énonce Gilles Clément, théoricien du Jardin Planétaire :
«Nous sommes responsables de la totalité des systèmes vivants exactement comme un
jardinier est responsable des espèces dont il a la maîtrise. Au-delà de la métaphore, le jardin renvoie à une représentation collective du monde. »
À travers la création d’oeuvres nouvelles ou le choix d’oeuvres déjà existantes
les vingt artistes présentés ont exploré avec justesse les questions vitales
qui sont les nôtres aujourd’hui : l’eau, l’air, la déforestation, les dérèglements climatiques,
la biodiversité, la précarité… C’est donc naturellement que des oeuvres majeures comme
Le Jardin d’eau-Jardin d’orties, premier jardin de résistance de Gilles Clément,
Le Musée des Nuages de Sylvain Soussan, ou Allo la Terre de Knud Viktor
ont été réalisées aux côtés des oeuvres de Adel Abdessemed, InfgridMwangiRobertHutter,
Érik Samakh, Ha Cha Youn, Laurie-Anne Estaque, herman de vries, Pascal Gadon,
Franck Gérard, Claude Pauquet, Bertrand Gadenne, Andy Goldsworthy, Giuseppe Penone.
23 000 visiteurs ont partagé la sagesse de ces artistes.

L’édition 2009 « être arbre être nature » prolonge cette inscription de l’art « in situ et in tissu » de la vie de la cité avec des artistes qui travaillent avec et dans la nature,
expriment une intelligence avec la terre et ses ressources, sa conservation,
sa préservation et affirment une aptitude à traduire un certain bonheur d’exister… ensemble.
L’art contemporain enrichit le patrimoine de la ville.
 À chaque biennale, des oeuvres sont acquises par la collectivité.
Ainsi sont visibles en permanence les oeuvres de Jakob Gautel, Sylvain Soussan,
Michel Jeannès, Gilles Clément.

La Biennale internationale d’art contemporain de Melle est soutenue par la Direction régionale des affaires culturelles, le Conseil régional Poitou-Charentes, le Pays mellois,
le Conseil général des Deux-Sèvres et de nombreux partenaires locaux.

(1) Dominique Truco est directrice artistique de la Biennale internationale d’art contemporain de Melle, éditions 2003, 2005, 2007, 2009.


les sites des biennales précèdentes sur : http://melle-villedart.fr