Sans titre - 275 x 217 cm
Peinture aérosol sur drap suspendu, 275 x 217 cm
Ces toiles libres, en fait, sont des draps, des draps qui viennent de l’armoire plus que du lit, du moins dans le moment qui précède leur usage par l’artiste, les pliures en témoignent. Contrairement à la toile de lin achetée au mètre et en rouleau, les draps surgissent d’une histoire et, pour nous qui en parlons, font l’objet d’un récit. Les draps blancs ne sont jamais vraiment blancs, fussent-ils régulièrement et soigneusement lavés à la cendre ou au savon. Les draps qui sont la matière et le support des œuvres de Michel Dector sont le plus souvent des draps pour lits doubles. […] Cette ombre légère et jaunâtre, centrée sur le milieu, bien sûr, évoque les corps, l’empreinte des corps (et l’on songe immédiatement, trop vite, au linceul sinon au suaire de Turin), Michel Dector l’appelle le « gras » (comme on dit d’un crayon qu’il est gras). En effet, l’histoire que recèlent les draps, avant que ceux-ci ne deviennent toile et support de peinture, et bien au-delà des expériences particulières, c’est l’histoire ancestrale des humains, du corps des humains qui s’y sont allongés, reposés, qui y ont dormi, souffert, rêvé, qui y ont fait l’amour et des enfants, enfin qui y sont morts. On y trouve parfois quelques coutures, des initiales brodées, les marques vernaculaires d’un objet concret. Le tissu étant propre, à tout le moins parfaitement lavé, il ne s’agit pas seulement là de cette mémoire anecdotique et circonstanciée des corps ; c’est cela et quelque chose d’autre, de plus ample, le secret des plis au fin fond des années de rangement, c’est le miel du temps.
Gratuit
Artiste
Michel Dector est né en 1951. Il vit et travaille à Savennières dans le Maine et Loire.
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